Il est 12h30 : « que fais-tu là, Laurent?» me dit une petite voix dans ma tête, « harnaché comme un chevalier des temps modernes sur sa monture, au milieu de centaines de motos sur un parking italien ».                                {phocagallery view=categories|imagecategories=1|imagecategoriessize=5|hidecategories=4,5,6,7,8,10,12,13,14,15,16}Remontons le temps :                                                                          

Cette histoire a débuté au salon du side-car, au mois de novembre 2012,  avec l’article de MOTO MAG relatant leur participation à la HARDALPITOUR. Motivé, Bruno me propose cette aventure:  500 km minimum en TT et en navigation, en groupe de 3 pilotes minimum avec comme impératif de finir en moins de 24 h avec des motos  trail de plus de 150 kg. Le défi est lancé !

Il nous reste à trouver le troisième pilote ( ce sera  Philippe) ,  les motos , de les préparer puis de se lancer dans l’aventure.

Nos motos :

- pour  Philippe :   650 Africa Twin

- pour Bruno:  900 Cagiva Elephant

- pour moi:  650 Africa Twin

Il a fallu ensuite les équiper (pneus et chambres à air spécifiques, pare-mains, protections, ...) et les fiabiliser. Ces motos, âgées d’une vingtaine d’années, ne nous ont pas épargné quelques pannes avant l’épreuve : carburation, embrayage et électricité pour la CAGIVA de Bruno; allumage pour  mon Africa.

 « LBP Team »  (Les Beaux Pilotes Team, on ne se refuse rien. Ok, c'est aussi pour Laurent, Bruno, Philippe), tel sera le nom du team.

 Après la préparation des moto, il a fallu songer à la préparation des pilotes : inscription au stage de conduite tout terrain animé par  J.-P. GOY pour se « remettre en train » et apprendre des astuces de pilotage  pour ces gros trails . Ça a été un super stage, même s'il a eu  lieu  sous une pluie continue ; il  nous a décomplexés et nous a permis d’aborder l’épreuve avec plus de sérénité quant à nos aptitudes de conduite TT.  Notre préparation a aussi consisté en la pratique régulière du VTT et des sorties TT sur les chemins des environs.

Quelques semaines avant le départ,  ma 650 connaît de sérieux problèmes : elle démarre bien mais perd des tours en accélérant. Bilan  mécanique jusqu'à la veille du départ ; enfin le moteur tourne normalement . Stress maximum et grosse incertitude : le problème a t'il été durablement solutionné ? Le but,  c’est de partir et après on verra.. .

C’est donc vendredi 07 septembre 2013,  en fin après-midi,  que nous partons en famille, direction  l’Italie ;  nous  changeons de véhicule pour le fourgon de Bruno et Claire-Marie, avec deux motos sur la remorque pour rallier MONDOVI, un hébergement en ITALIE trouvé sur internet, à proximité de GARESSIO, la ville de départ. Philippe nous rejoindra le samedi matin, car la distance séparant cette commune de son domicile n’est pas très importante.

Arrivée à l'hébergement à 1 heure du matin, repas rapide, coucher à 2 heures et lever à 6 heures... La nuit a été courte.

Le matin à GARESSIO, les petits soucis recommencent :  en décrochant ma moto, elle tombe sur le par-carter de Bruno et casse son rétro ;  un peu de bricolage et tout est réparé. Reste à résoudre le problème du GPS : l'organisation demande un Garmin, que je possède par ailleurs. Cependant, toutes nos tentatives pour enregistrer les points GPS fournis par l'organisation   se sont soldées par un échec. Il faut absolument avoir ces points sur mon Garmin avant le départ !  Brigitte et Claire-Marie partent à la recherche d’infos en ce  sens.  Elles trouveront des renseignements auprès d’autres équipes de français et du stand GARMIN , installé sur le lieu de départ. Le technicien parvient à enregistrer le trajet mais nous apprend que notre appareil n’est pas conçu pour les itinéraires tout terrain et qu’il va nous faire rallier les points GPS par la route. Pour essayer de trouver la trace des pistes,  je choisis le mode « vol d’oiseau ». On verra en route ...  Il nous reste à essayer de nous reposer, à l'ombre du fourgon,  avant le départ.

C’est l’heure !

 

 

Nous jetons un œil sur la concurrence : beaucoup de KTM 960, 990 etc., BM GS  1200/ 1150/1100/800/100/650, des Africa, Dominator, XLR  de tous types, Yamaha XT 600, 660, 750,1200  avec  tous les  types de préparation. Nous faisons « petits » à côté des équipements de  certains ... 

Et c’est parti dans une cacophonie toute italienne ;  bilan : un bouchon de plus d'une heure pour prendre le départ ! Nous passons sur le podium de départ, un dernier regard sur nos familles puis enfin :  partiiiiiiiiiiis !

Première étape :  environ 200km.

 Nous roulons avec un groupe de plusieurs motos italiennes.  Au bout de 30 km, ce sont  déjà les premiers abandons sur le bord de la piste qui est  roulante, toute en montées et descentes. Dans une poussière importante,  les difficultés s’enchaînent :  virages serrés en descentes, montées dans les pierriers ,la navigation est complexe.Nous  perdons la trace.   Nous y allons à l'intuition,   nous remontons  en altitude au milieu de chevaux en liberté.  Enfin c'est  le CP (point de passage) dans une légère brume ; nous avons roulé  100 km, en 2h45 . Philippe, Bruno et moi, nous nous regardons : nous sommes couverts de poussière, mais heureux d’être déjà arrivés jusque-là. Nous commentons notre progression et estimons  que nous nous débrouillons pas mal et souhaitons que cela continue ainsi.  Quelques photos avant de repartir, barres de céréales et eau, il  est 18h , il faut continuer. Nous préférons en effet rouler un maximum tant qu’il fait jour, pour limiter l’itinéraire de nuit. Direction  BOCCIOFILA DE VERNANTE.

 La partie piste sur le territoire français a été annulée, faute d’autorisation. Nous rejoignons donc le premier ravitaillement par un périple routier d’une centaine de kilomètres environ, grâce à la carte fournie par l’organisateur. Bruno et moi assurons la navigation sur cette partie. Quelques équipes nous suivront, car elles ne parviennent pas à se localiser sans la trace GPS. Nous trouvons cette partie routière longue et fatigante, très monotone et moins mobilisante que le tout terrain .Arrivée  à 21h30, nous faisons difficilement les pleins avec des billets de 5 et 10 euros dans le distributeur automatique de carburants, avant de rejoindre la salle des fêtes située un kilomètre plus loin, pour le repas. 

Pasta,  une petite toilette pour se rafraîchir  et se détendre, un coup de fil aux épouses pour dire que l’on est en forme, et c'est reparti.

Deuxième étape : il est 23h. la première partie est par la route.

Dans une ville, le GPS nous conduit à une route barrée. Nous arrivons à la contourner et à un rond-point, nous retrouvons une équipe. Soulagement pour nous, car cela indique que nous sommes sur le bon chemin. Nous tentons de la suivre mais là encore, des voitures qui nous séparent d'elle nous la font perdre de vue.  Nous nous arrêtons et « récupèrons »  une autre équipe que nous suivons. Elle s’arrête pour une pause cigarettes. Philippe nous fait comprendre que ce n’est vraiment pas assez rapide pour éviter de s’endormir. Nous sommes d’accord avec lui. Nous patientons en nous demandant ce que l’on fait, surtout que l’équipe que nous suivons, hésite sur la route à prendre. De nouvelles motos arrivent ;   nous nous  interrogeons et finalement  décidons de les suivre. Le rythme est largement supérieur à celui de l’équipe que nous venons  de laisser. Là, pas le temps de s’endormir ! Ils nous amèneront à la partie tout terrain de cette étape. La piste est bien défoncée. C’est plus technique que lors de la première étape. Il y a beaucoup de motos, nous sommes donc bien sur la bonne piste.

La nuit est tombée ...comme  le savent tous ceux qui l’on déjà fait, rouler en course de nuit est un autre monde : on roule à la lumière des phares,  dans un noir profond avec comme seul point de mire les feux  rouges plus ou moins lointains  d’une autre équipe, mais quelles sensations que d' enchaîner les virages en montée, avec l’imprévu  surgissant dans la lumières de nos phares. Les heures passent et nous atteignons  un contrôle de passage,  puis nous repartons, nous  nous sentons en forme :  il faut dire que pour s’endormir,  il faut de la bonne volonté,  car la nécessaire attention  et les secousses ne permettent pas de relâchement !

Perdus !

Une erreur de navigation nous envoie dans la mauvaise vallée ;  arrivés en bas,  nous faisons le point. Nous sortons la carte et  tentons de trouver le nom du village pour nous localiser.  Bruits de motos : ce sont quatre motards de l’organisation qui arrivent par l’entrée du village où nous nous trouvons. Ils s’arrêtent, prennent de nos nouvelles, comprennent que nous  sommes perdus et nous proposent de les suivre. Je leur demande où ils vont : ils m’indiquent qu’ils se rendent à l’arrivée de la HARDALPITOUR. Nous déclinons leur invitation à les suivre car nous voulons faire cette épreuve en entier et  préférons rebrousser chemin pour trouver la bonne piste. Les motards de l’organisation nous aident à nous localiser pour comprendre notre erreur et avant de partir nous re-proposent de les suivre.  Nouveau refus de notre part ; avant de nous quitter, l’un d’entre d’eux note notre numéro de participants. Je crois qu’ils doutent de nos capacités à retrouver le bon chemin !

Nous repartons par la piste par laquelle nous étions arrivés.  remontons en haut de la montagne, bilan une heure perdue,  mais gazzz ! Allez,  nous sommes sur la bonne route :  nous retrouvons des groupes en train de « jardiner » ;   je retrouve la trace et nous repartons.  4h du mat, nous arrivons au point de ravitaillement.  nous croisons plusieurs véhicules avec des motos  sur remorques : des abandons ?

Deuxième ravitaillement et troisième étape :

Au camping CIAMABIE de SAMPEYRE, ce n’est plus la même ambiance qu’au premier ravitaillement. Moins de motos, d’équipes et d’agitation. Des participants qui dorment dans la pelouse. Nous pensons être parmi les derniers. Philippe nous dit qu’il a besoin de dormir avant d' aller plus loin et va s'allonger dans l'herbe. Bruno et moi faisons de même car finalement, la fatigue est là pour nous aussi. Après quarante minutes de sommeil à la belle étoile, tout équipés, bottes aux pieds, nous repartons.

En quittant ce deuxième ravitaillement, nous constatons que des équipes arrivent encore. Finalement, nous ne sommes pas les seuls à avoir rencontré des difficultés dans cette deuxième étape.

Nous continuons de rouler et la fraîcheur du matin arrive ; nous « raccrochons »   un groupe italien  sur un parcours sinueux en terre, en forêt . Le jour se lève sur un ciel bleu, descente dans un pierrier, les motos bougent et « tapent » dur, les avant-bras fatiguent mais c'est super : un radion tous les 20 mètres,   passage à gué, puis  montée dans les  pierres tout en force,  passage dans une énorme carrière  de taille de pierres. L' Italien et moi faisons la navigation à tour de rôle,  la bonne piste est difficile à trouver ;  nous passons dans une ancienne station de skis à l’abandon, dans la brume du matin,  puis nous redescendons vers un contrôle . Là, on nous informe que l’on ne peut pas suivre le parcours principal en raison de problèmes de piste :  il faut  reprendre la route pour rejoindre le dernier ravitaillement .Nous ferons ensuite une partie en Tout Terrain avec trois italiens qui se retrouveront à deux après s’être chamaillé sur la direction à suivre.

Nous arrivons !

Il est 11h et nous atteignons le dernier point de repos, à POMARETTO, après l’avoir cherché  un moment. Nous y ferons un arrêt express, de peur de ne pas trouver d’équipe à suivre. Sur le parking, nous demandons à une équipe de français si on peut les suivre, en leur expliquant nos problèmes de GPS. Ils nous guideront quasiment jusqu’à l’arrivée. Cette dernière partie de piste est très facile et roulante. C'est aussi l’occasion  de faire les photos que nous n'avons pas pris le temps de faire sur les autres étapes. En descendant du ‘COLLE DELL ASSIESTTA’,  je m’amuse sur cette piste roulante, serre un peu trop dans un virage et surprend un motard allemand surchargé en F650 qui montait et qui chute de surprise. Nous nous arrêtons et l’aidons à se relever. Il nous remercie et repart aussi sec. Nous rallions CESANA sans autre encombre le dimanche à 13h43. Contents, mais relativement fatigués, après avoir parcouru 632 kilomètres (le parcours faisait 550 kilomètres environ)  et passé 15 heures et 11 minutes sur les motos.  La famille et les amis sont là pour nous accueillir, tout aussi contents que nous ayons terminé cette HARDALPITOUR. Nous leur racontons vite fait quelques unes de nos péripéties, tout en  enregistrant notre arrivée à la table FMI ( fédération de motocyclisme italienne) et nous recevons les fameux diplômes.

Les représentants de Corrado, l’organisation du Hardalpitour,   nous serrent chaleureusement la main et j’imagine qu’ils nous félicitent. Ne parlant pas italien, nous pensons que c’est certainement très sympathique, vu le ton de leur voix.

Séance photos avant de recharger les motos. Nos accompagnateurs sont aussi fiers que nous et cela fait chaud au cœur. Des copains appellent pour prendre des nouvelles et ils veulent faire l’édition de l’an prochain.  L’idée de faire l’édition 2014 et ses 800 kilomètres apparaît de plus en plus  logique dans nos esprits.

La HARDALPITOUR est un concept sain de dépassement de soi, en équipe. Superbe expérience à conseiller, mais il faut être préparé.

Merci à Bruno et à Philippe pour ces moments inoubliables,  à ma famille qui a toujours cru  en nos capacités, même quand les problèmes étaient là  et à tous les amis  qui nous ont soutenus et suivis  dans cette aventure.

A l'année prochaine, ciao !